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Climat et énergie

Groupe de travail Climat et énergie du Centre Femmes Suisse

NON à l’initiative Blackout et NON contre-projet indirect du Conseil fédéral

Argumentaire Le Centre Femmes Suisse PDF Fichier de 4 juin 2026

Situation de départ

Dans le cadre de la Stratégie énergétique 2050, la loi sur l’énergie nucléaire a été complétée par une interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires, entrée en vigueur en 2018 après la votation populaire de mai 2017. Cette décision faisait suite à la grave catastrophe nucléaire survenue à Fukushima (Japon) en mars 2011. Même une nation industrielle haute- ment développée et expérimentée dans la technologie nucléaire comme le Japon n’a pas pu empêcher cet accident majeur.

Depuis, d’importants changements géopolitiques sont intervenus. La guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine a mis en lumière la forte dépendance de la Suisse et de l’Europe vis-à-vis du pétrole, du gaz et de l’uranium russes.
Sur la base de l’Accord de Paris sur le climat, la Suisse s’est fixé l’objectif du zéro net CO2 d’ici 2050, objectif largement accepté lors d’une votation populaire en 2023. La loi sur l’électri- cité a défini les mesures nécessaires pour produire beaucoup plus d’énergies renouvelables (p. ex. photovoltaïque, éolien, hydraulique, géothermie, etc.) et ainsi se détourner des énergies fossiles et radioactives. Grâce à un système électrique intelligent, il devrait devenir possible que les énergies renouvelables soient l’unique source d’électricité pour la population suisse. Avec l’initiative « Blackout », l’UDC souhaite supprimer l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires. En 2025, le Conseil fédéral a transmis au Parlement un contre-projet indirect poursuivant le même objectif.

 

Géopolitique

La Suisse ne possède pas d’uranium et s’approvisionne souvent auprès d’États autocratiques comme la Russie ou le Kazakhstan. Elle importe déjà 45 % de son uranium de Russie. Nous resterions donc dépendants des livraisons russes et donc vulnérables au chantage. Cela vaut tant pour les grandes centrales existantes que pour d’éventuels petits réacteurs à venir. La même logique de dépendance et d’incertitude quant aux livraisons futures s’applique à d’autres pays autocratiques.

Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le risque sécuritaire a augmenté. La Russie détruit des infrastructures énergétiques et a déjà attaqué la centrale nucléaire de Zaporijjia. De graves accidents ne peuvent être exclus.
La Suisse ne dispose pas d’un système de défense antiaérienne fonctionnel capable de ga- rantir la sécurité des centrales nucléaires contre des attaques terroristes.

Un accident nucléaire priverait la population de ses moyens d’existence, car la Suisse densément peuplée deviendrait une zone d’exclusion.

 

Situation du marché face à une pénurie d’uranium

Depuis les années 1990, la consommation d’uranium dépasse la production, si bien que l’on puise déjà dans les stocks constitués durant la guerre froide. Pour répondre à la demande, il faudrait ouvrir de nouvelles mines, ce qui soulève des préoccupations en matière de droits humains (conditions de travail, risques sanitaires massifs pour les travailleurs). L’extraction de l’uranium laisse en outre derrière elle d’immenses zones contaminées, ce qui relativise fortement l’argument de la prétendue « neutralité CO2 » de l’énergie nucléaire (déjà discutable en raison du béton nécessaire à la construction). Il faut également noter que l’augmentation de la demande depuis les années 1990 entraînera une hausse continue des prix du marché. Le Kazakhstan en profiterait particulièrement (Kazatomprom), puisqu’il produit déjà 39 % de l’offre mondiale d’uranium et commerce de plus en plus avec la Chine. D’autres pays produc- teurs comme le Niger se sont également éloignés des pays occidentaux, notamment au profit de la Russie.

 

Coûts

Nos producteurs d’électricité ne sont ni disposés, ni financièrement capables de planifier et de construire une centrale nucléaire sans un soutien massif de l’État. Les dernières centrales construites en Europe ont toutes connu de graves dépassements de coûts. Il faudrait en outre faire appel à des entreprises étrangères, car il n’existe aucune entreprise de construction en Suisse capable de mener un tel projet. Seules quelques entreprises dans le monde dispo- sent de l’expertise nécessaire, les leaders actuels étant Rosatom (Russie) et CNNC (Chine). Les prix de l’électricité sont faussés car ils ne reflètent pas la réalité des coûts. La mise à l’arrêt définitive des centrales, leur démantèlement et la gestion des déchets ne sont que très insuffisamment pris en compte. Ces charges, difficilement estimables, seront reportées sur les générations futures, ce qui donne une impression erronée de rentabilité de l’énergie nucléaire.

 

Gestion des déchets

La question de la gestion des déchets hautement radioactifs n’est abordée qu’en surface. Il n’est pas expliqué que ces déchets émettent une radiation mortelle durant des milliers d’an- nées. C’est pourtant le principal danger de l’énergie nucléaire. Dans le monde, la gestion de ces déchets n’est toujours pas résolue. Aucun grand pays nucléaire – États-Unis, France, Chine, Russie – n’a mis en place une solution sûre pour les combustibles usés. Seule la Fin- lande construit un premier petit dépôt en profondeur. La Suisse est encore loin d’une solution réalisable.

 

Un fournisseur d’électricité peu sûr

La planification, la construction et la mise en service d’une centrale nucléaire prennent au minimum 20 ans et ne résoudront pas les problèmes actuels de pénurie potentielle d’électri- cité. Les centrales nucléaires fournissent certes une énergie de base importante, mais cela pose aussi problème : en cas d’arrêt pour raison technique, climatique ou sécuritaire, le réseau est fortement sollicité tant lors de l’arrêt que lors du redémarrage, ce qui engendre des coûts élevés. Outre les pannes techniques, le réchauffement climatique crée des difficultés sup- plémentaires : lorsque les cours d’eau sont trop chauds, les centrales doivent être arrêtées à cause du refroidissement.

En France, la moitié des centrales ont dû être arrêtées en 2022 en raison de problèmes de sécurité. Cela a conduit – en plus de la guerre en Ukraine et de l’été sec en Suisse – à une flambée des prix de l’électricité.

 

Frein au développement des énergies renouvelables

Si du temps et de l’argent sont investis dans la construction de nouvelles centrales nucléaires, ils manquent pour développer les énergies renouvelables.

 

Perspectives
Grâce à une gestion intelligente via des réseaux électriques « smart grids », la consommation peut être réduite. Le développement technologique progresse rapidement. Les technologies de stockage évoluent elles aussi en continu et contribueront à maîtriser la consommation d’électricité en Suisse.

 

Position du Centre Femmes Suisse

Les Femmes du Centre Femmes Suisse s’opposent clairement à la levée de l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires et rejettent ainsi l’initiative « Blackout » ainsi que le contre-projet indirect du Conseil fédéral.

NON aux nouvelles centrales nucléaires !
Beatrice Borio
Délégué-e-s, Membre de la présidende, Membre du comité, Président-e

Contexte

Le changement climatique est perceptible en Suisse ainsi qu’à l’échelle mondiale. Les vagues de chaleur, les fortes précipitations et la fonte des glaciers suscitent des préoccupations légitimes parmi la population. La nécessité d’agir est grande. La Suisse a signé l’accord de Paris sur le climat de 2015, visant à limiter le réchauffement planétaire à 1,5 degré maximum et à réduire les émissions de CO2 à zéro net d’ici 2050. Le Conseil fédéral et le Parlement ont élaboré différentes lois à cet égard.

La Stratégie énergétique 2050, élaborée sous la direction de la conseillère fédérale Doris Leuthard et adoptée lors d’un référendum populaire en 2017, comprend les éléments suivants :

  • Augmentation de l’efficacité énergétique
  • Expansion des énergies renouvelables
  • Abandon du nucléaire
  • (Les objectifs intermédiaires sont atteints, le développement ultérieur est en cours)

La loi sur la protection du climat, adoptée par le peuple le 18 juin 2023, confirme l’objectif de zéro net d’émissions de CO2 d’ici 2050. Elle fixe des objectifs de réduction pour les bâtiments, les transports et l’industrie, tout en favorisant financièrement les technologies novatrices et le remplacement des chauffages fossiles. De plus, le secteur financier suisse est appelé à contribuer efficacement à la lutte contre le changement climatique. Cette loi devrait entrer en vigueur le 1er janvier 2025.

Le projet Solarexpress encourage les grandes installations photovoltaïques alpines produisant beaucoup d’électricité en hiver, grâce à des procédures d’approbation simplifiées et à des subventions d’investissement. Cette décision a été prise par le Parlement à l’automne 2022. Sa mise en œuvre est un défi.

Le projet Windexpress, adopté par le Parlement à l’été 2023, vise à accélérer les procédures d’approbation pour les éoliennes. Sa mise en vigueur est prévue début 2024.

L’acte modificateur unique a été adopté par le Parlement lors de la session d’automne 2023. Cependant, une pétition référendaire a été lancée par des défenseurs du paysage. Elle sera probablement déposée en janvier (vote prévu le 9 juin 2024). Le projet de loi comprend des mesures visant à accélérer l’expansion des énergies renouvelables, à renforcer la sécurité d’approvisionnement et à atteindre la neutralité climatique d’ici 2050. L’acte modificateur unique est un texte équilibré qui a reçu un soutien transpartisan (à l’exception d’une partie de l’UDC).

 

État des discussions

Loi sur le CO2

  • Objectif : Réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre en Suisse d’ici 2030 par rapport à 1990
  • Approche : Incitations ciblées, pas d’augmentation des taxes
  • Points de discussion, par exemple :
    • Niveau de réduction intérieure des gaz à effet de serre
    • Soutien financier à la construction de stations de recharge pour voitures électriques
  • La loi ne doit pas être surchargée afin de garantir une approbation majoritaire.
  • Débat au Conseil national lors de la session d’hiver 2023 (deuxième chambre)

 

Décret d’accélération

  • Simplification des procédures d’approbation pour les grandes centrales hydroélectriques, solaires et éoliennes
  • Réduction du processus de planification pour l’expansion du réseau électrique
  • Débat au Conseil national lors de la session d’hiver 2023 (première chambre)

 

Initiative sur la biodiversité

  • État insatisfaisant de la biodiversité selon l’Office fédéral de l’environnement. La perte de biodiversité menace les moyens de subsistance et la performance économique d’un pays.
  • Initiative déposée le 8.9.2020
  • Le Conseil des États n’a pas accepté à deux reprises la contre-proposition indirecte du Conseil fédéral, déjà approuvée par le Conseil national.
  • Débat au Conseil des États lors de la session d’hiver 2023 (deuxième chambre)

 

Accord sur l’électricité avec l’UE

  • La fin de l’accord-cadre en mai 2021 a également signifié la fin (temporaire) d’un accord sur l’électricité.
  • L’objectif d’un accord sur l’électricité est la stabilité du réseau et les coûts plus bas qui en résultent.
  • État de la renégociation d’un accord-cadre avec l’UE : mandat de négociation en cours d’élaboration par la Confédération (l’accord sur l’électricité devant être une partie de l’accord-cadre).

 

Efficacité énergétique

  • Actuellement, il y a trop peu de discussions sur l’efficacité énergétique, pourtant un levier important pour atteindre les objectifs climatiques. L’énergie qui n’est pas nécessaire ne doit pas être produite.
  • La rénovation des bâtiments, le passage à la mobilité électrique et le remplacement des systèmes de chauffage peuvent permettre d’économiser beaucoup d’énergie, comme le prévoit la loi sur la protection du climat.

 

Énergie nucléaire

  • Interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires adoptée par la population en acceptant la Stratégie énergétique 2050.
  • L’exploitation continue des centrales nucléaires existantes est possible tant qu’elle est sûre et économique.
  • Initiative Blackout : Sous le concept de « technologie ouverte », la levée de l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires est suggérée (fin de la période de collecte des signatures : 1.3.2024).
  • Les centrales nucléaires ne sont pas une alternative à moyen terme aux énergies renouvelables.

Exigences pour 2024

  • Une loi sur la protection du climat / l’efficacité énergétique.

○ La mise en œuvre rapide déjà avant le 1er janvier 2025. Il ne faut pas perdre un temps précieux en ce qui concerne l’encouragement technologique et les subventions pour le remplacement des chauffages.

  • La loi sur le CO2

○ La réduction des émissions de CO2 doit se faire en grande majorité (min. 75%) dans le pays.

○ Afin de promouvoir l’e-mobilité, l’infrastructure correspondante (stations de recharge, réseau de stockage intermédiaire, etc.) doit être développée rapidement.

  • Initiative en faveur de la biodiversité

○ Le Conseil des États doit entrer en matière sur le contre-projet indirect à l’initiative sur la biodiversité.

  • Accord sur l’électricité

○ Les négociations avec l’UE doivent impérativement inclure un accord sur l’électricité.

  • Énergie nucléaire

○ Continuer à utiliser les centrales nucléaires existantes tant qu’elles sont sûres.

○ Les discussions sur la construction de nouvelles centrales nucléaires ne mènent à rien

○ L’accent doit être mis sur le développement rapide des énergies renouvelables.

  • Développer le réseau.

○ L’extension ciblée du réseau doit être poursuivie à tous les niveaux du réseau.

○ Les smart grids pour soutenir la production d’électricité décentralisée.

 

Objectifs à moyen terme

  • Faire du climat un thème transversal qui soit pris en compte dans l’évaluation de toutes les décisions politiques, à l’instar des finances.
  • Prendre en compte dès maintenant les effets sur la biodiversité.
  • Économie circulaire
  • croissance qualitative
  • place financière respectueuse du climat
  • Clarifications sur la technologie de la fusion nucléaire

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